Environnement 2 juillet 2026 · 4 min de lecture

Des éoliennes en mer devenues des refuges pour la vie marine

BRAVO
Ces éoliennes en mer sont devenues des refuges pour la vie marine

En bref. Au large des Pays-Bas, le premier parc éolien offshore du pays (OWEZ, à Egmond aan Zee) est devenu un véritable habitat marin. Suivi pendant plusieurs années par les instituts néerlandais IMARES et NIOZ, il montre que les fondations des éoliennes agissent comme des récifs artificiels : moules et anémones s'y fixent, les morues s'y abritent, et l'interdiction du chalutage dans la zone en fait un refuge pour la biodiversité. Une bonne nouvelle qui nuance l'idée reçue selon laquelle l'éolien en mer nuirait forcément aux océans.

Une mer du Nord sous pression depuis des décennies

La mer du Nord est l’une des zones maritimes les plus exploitées au monde. Pêche intensive, trafic maritime dense, extraction de granulats, pollution : ses écosystèmes subissent des pressions multiples depuis des décennies, et de nombreuses espèces y ont décliné, à commencer par les poissons de fond comme la morue.

Dans ce contexte, l’arrivée massive des parcs éoliens offshore a suscité des inquiétudes légitimes. Construire des dizaines de fondations en pleine mer, y faire circuler des navires de maintenance, générer du bruit sous l’eau : n’allait-on pas ajouter une pression de plus sur un milieu déjà fragilisé ?

C’est cette question que des chercheurs ont voulu trancher, non par des suppositions, mais par un suivi de terrain sur plusieurs années. Le terrain d’étude : le parc d’Egmond aan Zee, le tout premier parc éolien offshore installé aux Pays-Bas.

Ce que le suivi scientifique a révélé

Les résultats ont surpris jusqu’aux chercheurs eux-mêmes. Loin d’appauvrir la zone, le parc éolien l’a enrichie. Le suivi, mené par les instituts néerlandais IMARES et NIOZ, a montré une augmentation de la biodiversité locale autour des installations.

Sous l’eau, chaque fondation d’éolienne se comporte comme un récif artificiel. Le métal immergé est rapidement colonisé par les moules, les anémones et les crabes, qui forment une communauté vivante accrochée à la structure. Cette abondance de nourriture attire à son tour les poissons.

Parmi eux, la morue, une espèce emblématique et malmenée par des années de surpêche, a été observée en plus grande concentration près des fondations. Elle y trouve à la fois de quoi se nourrir et des cachettes pour s’abriter. Le parc joue pour elle un rôle de garde-manger et de refuge.

Le rôle clé de l’interdiction du chalutage

Un facteur, souvent sous-estimé, explique une grande partie de l’effet positif : à l’intérieur du parc, le chalutage de fond est interdit pour des raisons de sécurité. Or ce type de pêche, qui racle les fonds marins, est l’une des principales causes de dégradation des habitats sous-marins.

En interdisant cette pratique sur toute la surface du parc, on crée de fait une zone protégée où les fonds peuvent se reconstituer et où la vie peut se réinstaller. Le parc éolien fonctionne alors comme une réserve marine involontaire, un petit sanctuaire au milieu d’une mer très exploitée.

Cet effet cumulé, récif artificiel plus absence de chalutage, transforme le parc en un point chaud de biodiversité, là où on craignait un désert.

Attention aux généralisations : ce que dit vraiment la science

Il serait malhonnête de conclure que tous les parcs éoliens sont bons pour la nature. Les chercheurs eux-mêmes appellent à la prudence. Ces effets positifs sont observés sur un site précis, dans des conditions précises, et ne se retrouvent pas automatiquement partout.

L’éolien en mer soulève aussi de vraies questions, notamment pour les oiseaux marins, qui peuvent éviter les parcs ou entrer en collision avec les pales, et pour certaines espèces sensibles au bruit pendant la construction. La biodiversité marine est complexe, et chaque projet doit être étudié au cas par cas.

Le bon message n’est donc pas « l’éolien sauve les océans », mais plutôt : bien conçu et bien situé, un parc éolien peut coexister avec la vie marine, et parfois même la favoriser. C’est déjà une avancée importante par rapport à l’opposition frontale qu’on imagine souvent entre énergie et nature.

Vers des fondations pensées pour la biodiversité

La découverte change la façon de concevoir les futurs parcs. Puisque les fondations font naturellement office de récifs, pourquoi ne pas les dessiner exprès pour accueillir encore plus d’espèces ? C’est la piste sur laquelle travaillent déjà des chercheurs et des industriels.

On parle de fondations à la géométrie plus complexe, de matériaux favorables à la fixation des organismes, ou de structures ajoutées volontairement pour créer des abris. L’idée : faire de chaque nouveau parc non seulement une source d’énergie propre, mais aussi un habitat marin.

Énergie renouvelable et biodiversité, longtemps présentées comme opposées, pourraient ainsi avancer ensemble. C’est exactement le genre de bonne nouvelle concrète et vérifiable que Wanted aime mettre en avant.

Questions fréquentes

Les éoliennes en mer sont-elles bonnes pour la biodiversité ?

Sur le parc néerlandais OWEZ, oui : les fondations servent de récifs artificiels et l'interdiction du chalutage crée un refuge pour la vie marine. Mais les effets varient selon les sites et l'éolien en mer doit rester bien conçu, notamment pour les oiseaux.

Qu'est-ce que le parc éolien OWEZ ?

OWEZ (Offshore Windpark Egmond aan Zee) est le premier parc éolien offshore des Pays-Bas, situé au large d'Egmond aan Zee, dont la biodiversité a été suivie pendant plusieurs années par les instituts scientifiques IMARES et NIOZ.

Pourquoi les morues reviennent-elles près des éoliennes ?

Les fondations colonisées par les moules et les anémones offrent nourriture et abri, et l'interdiction du chalutage dans le parc protège les fonds. Ces deux effets combinés attirent notamment les morues.

Le chalutage est-il interdit dans les parcs éoliens ?

Oui, à l'intérieur des parcs éoliens offshore, le chalutage de fond est généralement interdit pour des raisons de sécurité. Cela crée de fait une zone protégée où les fonds marins et la vie peuvent se reconstituer.

L'éolien en mer a-t-il des effets négatifs sur la nature ?

Il peut en avoir : impacts possibles sur les oiseaux marins (évitement, collisions) et nuisances sonores lors de la construction. C'est pourquoi les scientifiques insistent sur une conception et une localisation soignées, étudiées au cas par cas.

Encore un peu d'espoir ?