Business Par · 3 août 2026 · 3 min de lecture

Il a mis ses 1 100 salariés à 4 jours. Depuis, ils ne partent plus

ÇA MARCHE
LDLC à 4 jours : cinq ans après, ce que disent les chiffres

En bref. Le 25 janvier 2021, le groupe LDLC, distributeur high-tech installé près de Lyon, fait passer l'ensemble de ses salariés à 32 heures réparties sur quatre jours, sans baisse de salaire. Son président fondateur, Laurent de la Clergerie, avait prévu un surcoût d'environ 5 % de masse salariale. Il ne s'est pas produit. Dans un entretien au Journal des Entreprises en mai 2023, il annonce un taux d'absentéisme divisé par deux et un taux de turnover divisé par quatre, et résume ainsi son pari : passer aux 32 heures représente une perte de 9 % en heures, mais pas 9 % d'efficacité. Sur la même période, le chiffre d'affaires du groupe est passé d'environ 497 millions d'euros en 2020 à 730 millions en 2022, avec un effectif stable, autour de mille personnes. Ces chiffres sont ceux de l'entreprise, pas ceux d'un audit indépendant, et LDLC est un distributeur de mille salariés, pas un hôpital ni une usine en feu continu. Reste un fait rare dans le débat français : une entreprise de cette taille a tenu la mesure cinq ans et publie ses résultats.

Le constat

La semaine de 4 jours, tout le monde en parle depuis dix ans. Peu de monde la fait vraiment, et encore moins la garde. Les expérimentations durent six mois, occupent une équipe pilote, produisent un joli rapport, puis s’arrêtent. Difficile, dans ces conditions, de savoir ce que ça donne sur la durée.

C’est ce qui rend le cas LDLC intéressant. Le 25 janvier 2021, ce distributeur high-tech installé près de Lyon bascule tout le monde en même temps : environ 1 100 salariés passent à 32 heures sur quatre jours. Pas d’équipe test, pas de volontariat, pas de baisse de salaire ni de congés en moins. Cinq ans plus tard, l’entreprise n’est jamais revenue en arrière.

Ce qu’il a fait, concrètement

Le pari de Laurent de la Clergerie, président fondateur du groupe, tient en une phrase qu’il répète depuis : « Passer aux 32 heures représente une perte de 9 % en termes d’heures mais non de 9 % d’efficacité. » Autrement dit, une partie du temps de travail ne produit rien, et la retirer ne coûte presque rien.

Il avait anticipé un surcoût d’environ 5 % de masse salariale, le temps d’embaucher pour compenser. Ce surcoût ne s’est pas matérialisé : l’entreprise a très peu recruté, sauf dans les boutiques, où il fallait bien tenir les horaires d’ouverture.

Ce que ça a changé

Dans un entretien au Journal des Entreprises en mai 2023, il livre ses deux chiffres :

  • le taux d’absentéisme divisé par deux ;
  • le taux de turnover divisé par quatre.

Il évoque aussi un gain d’efficience de l’ordre de 15 %, et une marque employeur transformée : les candidatures affluent. Sur la période, le chiffre d’affaires du groupe est passé d’environ 497 millions d’euros en 2020 à 730 millions en 2022, avec un effectif quasi identique, autour de mille personnes.

Soyons honnêtes

Trois précautions, parce que ce dossier mérite mieux qu’un slogan.

Ce sont les chiffres de l’entreprise. Ils sont cohérents d’une interview à l’autre depuis 2023, mais aucun organisme indépendant n’est venu les auditer. Un DRH qui veut s’en servir en interne doit le dire.

La croissance du chiffre d’affaires n’est pas la preuve que la semaine de 4 jours fonctionne. LDLC vend du matériel informatique, et ces années-là ont été portées par une demande exceptionnelle. Ce que les chiffres montrent, c’est que l’entreprise a continué de croître sans ajouter de monde après avoir retiré un jour. C’est déjà beaucoup. Ce n’est pas la même affirmation.

Ça ne se transpose pas partout. Un service qui tourne 24 heures sur 24 ne retire pas un jour sans embaucher. Là où LDLC est utile, c’est en montrant qu’une entreprise de mille personnes peut le faire d’un bloc, et tenir.

Ce qu’on peut en retenir lundi matin

Le point le plus reproductible n’est pas le nombre d’heures, c’est la question qui va avec. LDLC a dû regarder, service par service, ce qui remplissait vraiment ses journées : réunions, validations, tâches qui n’arrivaient nulle part. On ne retire pas un jour sur cinq sans faire ce ménage.

Beaucoup d’entreprises peuvent commencer par là, sans changer une ligne de leurs contrats.

Questions fréquentes

Comment LDLC a-t-il mis en place la semaine de 4 jours ?

Le passage s'est fait d'un coup, le 25 janvier 2021, pour tout le monde en même temps : environ 1 100 salariés à 32 heures réparties sur quatre jours de huit heures, sans baisse de salaire ni perte de congés. L'entreprise n'a quasiment pas embauché pour compenser, sauf dans les petites boutiques où il fallait tenir les horaires d'ouverture.

La productivité a-t-elle baissé ?

Selon Laurent de la Clergerie, non. Il explique que passer aux 32 heures représente une perte de 9 % en volume d'heures, mais pas une perte de 9 % d'efficacité, et évoque un gain d'efficience d'environ 15 %. Ce sont ses chiffres, communiqués par l'entreprise et non vérifiés par un tiers indépendant.

Est-ce transposable à toutes les entreprises ?

Non, et l'entreprise ne le prétend pas. LDLC est un distributeur high-tech d'environ mille personnes, avec beaucoup de postes en bureau et en logistique. Les activités qui tournent en continu, comme le soin, la production ou la sécurité, ne peuvent pas retirer un jour sans embaucher. Ce que le cas LDLC démontre, c'est que la mesure tient dans la durée quelque part, pas qu'elle marche partout.

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