Le jour où on l’a insulté en pleine tournée
En 2020, Ludovic Franceschet est ripeur dans le 2e arrondissement de Paris. Son camion est coincé dans les bouchons. Derrière, des automobilistes klaxonnent et prennent son équipe pour cible. « On nous traitait de fonctionnaires qui ne faisaient rien alors qu’on était simplement bloqués », raconte-t-il à France 3. Ce jour-là, il demande à son coéquipier de sortir un téléphone et de filmer. Il veut juste qu’on voie ce que c’est, vraiment, de nettoyer une ville. La publication dépasse 345 000 vues en quinze jours. Il efface l’application, persuadé d’avoir été piraté. Puis il revient, avec une idée toute simple : montrer le métier.
Dix ans dans la rue, puis un concours
Ludovic arrive à Paris en 1995 avec presque rien. Il passe près de dix ans dehors. Il dort dans des halls d’immeubles, ses chaussures sous la tête pour qu’on ne les lui vole pas. C’est une association qui l’aide à se relever, un peu, puis vraiment. Quelques années plus tard, un voisin lui apprend que la Ville de Paris recrute des éboueurs. Il passe le concours, il l’a. Le gamin qui regardait passer le camion-benne derrière le cabanon familial devient l’homme qui nettoie la capitale. Sur ce métier, il n’a qu’une phrase : « ce métier m’a sauvé la vie. »
Ce que ça a changé
Depuis, il ne s’arrête plus. À l’été 2023, il rejoint Marseille à pied depuis Paris par la nationale 7 : cinquante-cinq jours à ramasser ce qui traîne, 20 000 canettes et 17 000 bouteilles en plastique. En 2024, il porte la flamme olympique de Paris 2024, puis la lanterne olympique du 14 Juillet, où il glisse au micro sa seule revendication : « jetez à la poubelle. C’est tout. » En novembre 2025, la Région Île-de-France lui remet sa médaille pour son engagement citoyen. Et il continue de s’arrêter pour parler aux gens de la rue, parce que « ce dont ils ont le plus besoin, c’est qu’on leur parle ».
Ce qu’il faut nuancer
Une vidéo virale ne nettoie pas une ville. À Paris, plus de 6 000 agents nettoient chaque jour 2 900 kilomètres de trottoirs, l’équivalent d’un trajet Paris Athènes, et ramassent plus de quatre millions de mégots, alors qu’un seul mégot suffit à polluer jusqu’à 500 litres d’eau. Ludovic ne vend rien et ne promet rien : « je ne veux pas vendre de crème ou de vêtements. Moi, ce que je veux transmettre est gratuit : jeter ses déchets à la poubelle. » Son message tient en cinq mots, et il tient à nous.
Questions fréquentes
Qui est Ludovic Franceschet ?
C'est un éboueur de la Ville de Paris, né en 1975 à Montélimar, devenu ce qu'il appelle lui-même un « influenceur de la propreté ». Après près de dix ans passés à la rue, il a réussi le concours d'éboueur puis s'est mis à raconter son métier sur les réseaux sociaux, où il réunit aujourd'hui près de 750 000 personnes.
Comment est-il devenu connu ?
En 2020, il est ripeur dans le 2e arrondissement de Paris. Son camion est bloqué dans les bouchons et des automobilistes insultent les agents de propreté. Il fait prendre des photos de la scène et les publie sur TikTok : 345 000 vues en quinze jours. Il a d'abord effacé l'application, persuadé que son téléphone avait été piraté.
Combien de mégots ramasse-t-on chaque jour à Paris ?
Plus de quatre millions, selon les chiffres cités par Ludovic Franceschet. Un seul mégot peut polluer jusqu'à 500 litres d'eau. À Paris, plus de 6 000 agents nettoient chaque jour 2 900 kilomètres de trottoirs, soit l'équivalent d'un trajet Paris Athènes.