Les applis oublient toujours les mêmes
Masako Wakamiya naît à Tokyo en 1935. Elle passe sa vie professionnelle dans une banque et n’achète son premier ordinateur qu’à soixante ans, au moment de partir à la retraite. Elle s’occupe alors de sa mère âgée à la maison et cherche surtout à ne pas être coupée du monde. Le web devient son terrain : en 1999, elle participe à la création de Mellow Club, une communauté en ligne pour seniors dont elle est vice-présidente. Elle invente aussi l’« Excel Art », des motifs dessinés avec les fonctions d’un tableur, imprimés ensuite sur du tissu et des éventails. Sa logique est toujours la même : ce qui a l’air compliqué pour les vieux ne l’est pas forcément, il suffit de s’en servir autrement.
Puis elle fait un constat tout simple. Les jeux sur téléphone récompensent les réflexes rapides, donc les jeunes gagnent toujours. Rien n’est pensé pour les gens de son âge. Elle en parle autour d’elle, on lui répond d’attendre. Personne ne fait cette appli.
À 81 ans, elle apprend à coder et sort son jeu
Elle commence par un livre, seule, puis se fait épauler à distance par un programmeur quand ça coince. Cinq mois plus tard, en février 2017, son jeu sort sur l’App Store : Hinadan. Le joueur doit placer correctement les poupées de la fête des filles sur leurs gradins, dans l’ordre exact que les anciens connaissent par coeur. Autrement dit, un jeu où les vieux battent les jeunes avec ce qu’ils savent. C’est exactement ce qu’elle voulait, elle le dit elle-même.
Le jeu dépasse quatre-vingt mille téléchargements et se retrouve traduit en cinq langues. En juin 2017, Apple l’invite à sa conférence des développeurs à San José et la présente comme la doyenne de la salle : elle y rencontre Tim Cook. L’année suivante, elle ouvre une conférence des Nations unies à New York consacrée au numérique et aux personnes âgées.
Ce qu’il faut nuancer
Elle n’a pas appris ça en une nuit. Cinq mois de travail, un livre, un programmeur pour l’aider quand ça bloquait : Masako Wakamiya n’a rien d’un prodige tombé du ciel, et elle n’a jamais prétendu le contraire. Beaucoup de gens de sa génération restent aujourd’hui encore à l’écart du numérique, et c’est justement pour ça qu’elle y consacre son temps, entre son club en ligne et les salles où elle vient parler.
Sa phrase préférée tient en une ligne : il ne faut pas avoir peur de rater, parce que rater n’existe pas. Commencer quelque chose de nouveau, c’est déjà gagné, on apprend en chemin.
Questions fréquentes
Qui est Masako Wakamiya ?
Une Japonaise née à Tokyo en 1935. Elle a travaillé dans une banque jusqu'à sa retraite, à soixante ans, et s'est mise à l'informatique à ce moment-là pour garder un lien avec le monde pendant qu'elle s'occupait de sa mère âgée. Elle a lancé un club en ligne pour seniors en 1999, inventé l'« Excel Art », puis créé son propre jeu iPhone à quatre-vingt-un ans.
C'est quoi le jeu Hinadan ?
Un jeu sorti en février 2017 sur l'App Store, après environ cinq mois de travail. Le joueur doit placer les poupées de la fête des filles japonaise, le hinamatsuri, dans le bon ordre sur les gradins recouverts de tissu rouge. C'est un savoir de grand-mère, pas une affaire de réflexes : Masako Wakamiya voulait un jeu où les anciens battent les jeunes. Le jeu a dépassé quatre-vingt mille téléchargements et a été traduit en cinq langues.
A-t-elle appris à coder toute seule ?
Pas complètement, et elle ne l'a jamais prétendu. Elle a commencé par un livre, seule, puis s'est fait épauler à distance par un programmeur quand elle bloquait. C'est justement son message : il ne faut pas avoir peur de rater, parce que rater n'existe pas. Commencer quelque chose de nouveau, c'est déjà réussi, on apprend en chemin.