Une antilope au nez en trompe qu’on a bien failli perdre
Le saïga ne ressemble à aucun autre animal. Cette antilope des steppes d’Asie centrale porte un nez en trompe qui filtre la poussière l’été et réchauffe l’air glacé l’hiver. Et elle a bien failli disparaître : le braconnage a fait plonger les effectifs à la fin du XXe siècle. Au début des années 2000, il restait moins de 25 000 saïgas au Kazakhstan.
Mai 2015 : 200 000 morts en trois semaines
Puis vient la catastrophe. En mai 2015, dans la région de Betpak-Dala, des troupeaux entiers s’effondrent au moment des naissances. En trois semaines, plus de 200 000 saïgas meurent, plus de 60 % de la population mondiale de l’époque. Il a fallu des années aux scientifiques pour comprendre. La cause immédiate est une septicémie hémorragique due à la bactérie Pasteurella multocida de type B. Cette bactérie vivait tranquillement dans les amygdales des animaux, sans les rendre malades. Les travaux publiés en 2018 dans Science Advances ont montré que dix jours de chaleur et d’humidité inhabituelles, juste avant la mise bas, avaient suffi à la rendre mortelle.
Le comptage de 2026 : 4,6 millions
Onze ans plus tard, le résultat du recensement aérien national du printemps 2026 vient de tomber, et il est difficile à croire : 4,6 millions de saïgas au Kazakhstan. Deux avions AN-2, 215 heures de vol, un comptage mené par l’entreprise d’État Okhotzooprom, avec le volet scientifique assuré par les scientifiques de l’ACBK, l’association kazakhe pour la conservation de la biodiversité. Le détail : environ 2,7 millions pour la population de l’Oural, en hausse de 17,4 % en un an, 119 000 pour l’Oustiourt, en hausse de 52,6 %, et surtout 1,87 million pour Betpak-Dala, la région même de l’hécatombe de 2015.
Ce qui a marché n’a rien de mystérieux : la chasse interdite, le braconnage traqué, des aires protégées et un suivi scientifique constant. En décembre 2023, l’UICN avait déjà fait passer le saïga de « en danger critique d’extinction » à « quasi menacé », un des reclassements les plus spectaculaires jamais enregistrés sur la Liste rouge. Le Kazakhstan abrite aujourd’hui environ 99 % des saïgas du monde.
Ce qu’il faut nuancer
4,6 millions d’antilopes, ça fait beaucoup de bouches sur la steppe. Dans plusieurs régions, des agriculteurs signalent des dégâts dans les champs et une concurrence pour les pâturages, et le débat est vif entre éleveurs et défenseurs de l’espèce. Les autorités kazakhes étudient des mesures de gestion de la population tout en disant vouloir tenir leurs objectifs de conservation. C’est un problème de réussite, ce qui vaut mieux que l’inverse, mais il reste entier : il va falloir apprendre à partager la steppe. Et l’épisode de 2015 a rappelé qu’une population, même immense, peut s’effondrer en quelques semaines.
Questions fréquentes
Pourquoi 200 000 saïgas sont-ils morts en 2015 ?
En mai 2015, dans la région de Betpak-Dala au Kazakhstan, plus de 200 000 saïgas sont morts en trois semaines d'une septicémie hémorragique. La bactérie responsable, Pasteurella multocida de type B, vivait sans danger dans les amygdales des animaux. Les travaux publiés en 2018 dans Science Advances montrent que dix jours de chaleur et d'humidité inhabituelles, juste avant la mise bas, l'ont rendue mortelle.
Combien y a-t-il de saïgas aujourd'hui ?
Le recensement aérien du printemps 2026 en dénombre environ 4,6 millions au Kazakhstan, qui abrite près de 99 % des saïgas du monde. Le détail par population : environ 2,7 millions pour l'Oural, 1,87 million pour Betpak-Dala et 119 000 pour l'Oustiourt. Le comptage a été conduit par l'entreprise d'État Okhotzooprom, avec le volet scientifique assuré par l'ACBK.
Le saïga est-il toujours une espèce menacée ?
En décembre 2023, l'UICN a reclassé le saïga de « en danger critique d'extinction » à « quasi menacé », ce qui est un changement de statut spectaculaire. L'espèce reste néanmoins sensible : elle vit presque entièrement dans un seul pays et les épisodes de mortalité massive ont montré à quel point une population, même nombreuse, peut s'effondrer vite.