Environnement Par · 14 août 2026 · 3 min de lecture

Elle a 18 ans. Elle a inventé un plastique qui nettoie les microplastiques en se décomposant

BRAVO
Eco Purge : le plastique qui nettoie les microplastiques

En bref. Le 11 mai 2026, Arya Satheesh, 18 ans, élève de terminale à la Loreto Secondary School de Letterkenny (comté de Donegal, Irlande), a été désignée lauréate européenne du Earth Prize 2026 pour son projet Eco Purge, doté de 12 500 dollars. Eco Purge est un plastique d'origine végétale dans lequel sont intégrées des enzymes : elles restent stables tant que le matériau tient, puis se libèrent progressivement à mesure qu'il se dégrade et s'attaquent alors aux microplastiques déjà présents dans le sol, l'eau douce et l'eau salée. L'idée lui est venue d'un précédent projet de surveillance de la qualité de l'eau, où elle a constaté qu'on savait détecter les microplastiques mais pas les retirer. Elle a développé son prototype avec des chercheurs de l'University College Dublin, de l'Atlantic Technological University de Letterkenny et du centre BiOrbic. Nuance importante : Eco Purge reste un prototype, l'enzyme est produite par des bactéries génétiquement modifiées et coûte cher tant que la production n'est pas industrielle. Le titre mondial du Earth Prize 2026 est allé le 29 mai à l'équipe indienne Plas-Stick. Arya Satheesh veut désormais adapter sa matière à des emballages et à des sacs à compost.

On sait compter les microplastiques, pas les retirer

Ils sont dans l’eau du robinet, dans les sols agricoles, dans les poissons, et jusque dans le lait maternel. Depuis dix ans, les laboratoires ont appris à traquer les microplastiques avec une précision remarquable. Le problème, c’est qu’une fois détectés, personne ne sait quoi en faire. Une particule de quelques microns dispersée dans une rivière ou dans un champ, on ne va pas la rechercher.

Le recyclage ne rattrape pas non plus la situation en amont. D’après l’OCDE, environ 9 % seulement du plastique produit chaque année dans le monde finit réellement recyclé. Tout le reste est enfoui, brûlé, ou part se fragmenter dans la nature.

C’est sur ce mur qu’Arya Satheesh est tombée. Élève de terminale à la Loreto Secondary School de Letterkenny, dans le comté de Donegal en Irlande, elle mène un projet de surveillance de la qualité de l’eau. Elle mesure, elle trouve, et elle ne peut rien en faire. « La pollution plastique ne disparaît pas comme ça », explique-t-elle, « elle se casse en tout petits morceaux qui restent dans notre environnement ».

Son idée : faire nettoyer le plastique par le plastique

Plutôt que de courir après les particules, Arya Satheesh a retourné le problème. Son projet s’appelle Eco Purge. C’est une matière plastique d’origine végétale dans laquelle elle intègre des enzymes capables de dégrader le plastique.

Le point malin est là : ces enzymes restent stables tant que le matériau tient. Elles ne s’activent ni dans un placard ni pendant le transport. Puis, quand l’objet commence à se décomposer, elles se libèrent progressivement dans le milieu, sol, eau douce ou eau salée, et s’attaquent aux microplastiques déjà présents autour. Autrement dit, un emballage qui, en disparaissant, fait le ménage derrière lui et derrière les autres.

Encore lycéenne, elle a construit son prototype en travaillant avec des chercheurs de l’University College Dublin, de l’Atlantic Technological University de Letterkenny et du centre de recherche BiOrbic. Le 11 mai 2026, le Earth Prize, un concours mondial ouvert aux 13 à 19 ans organisé par la Earth Foundation à Genève, l’a désignée lauréate pour l’Europe et lui a remis 12 500 dollars. Le concours en est à sa cinquième édition et a mobilisé plus de 21 000 élèves dans 169 pays.

Ce qu’il faut nuancer

Eco Purge sort d’un laboratoire de lycée et d’universités partenaires, pas d’une chaîne de production. C’est un prototype, avec tout ce que ça implique : des résultats à confirmer, des essais à mener en conditions réelles, un chemin encore long avant qu’un sac à compost du commerce en contienne.

Il y a aussi une contrainte économique. L’enzyme est produite par des bactéries génétiquement modifiées, et tant que la fabrication reste à petite échelle, elle coûte cher. C’est le passage à l’échelle qui décidera si l’idée sort du laboratoire.

Enfin, Arya Satheesh n’a pas remporté le titre mondial. Le 29 mai 2026, après un vote public d’environ 23 000 personnes parmi les sept lauréats régionaux, il est allé à trois adolescents indiens de 16 ans, Vivaan Chhawchharia, Ariana Agarwal et Avyana Mehta, et à leur projet Plas-Stick : une poudre magnétique tirée de graines de tamarin qui capte les microplastiques dans l’eau.

Deux ados, deux pistes, le même angle mort

Regardons quand même ce que ça raconte. En 2026, les deux propositions les plus remarquées d’un concours mondial pour lycéens s’attaquent au même angle mort : non pas produire moins de plastique, ce que tout le monde répète, mais récupérer celui qui est déjà là, en miettes, partout.

Arya Satheesh veut maintenant adapter Eco Purge à de vrais produits, des emballages et des sacs à compost. Rien n’est gagné. Mais une élève de terminale a ouvert une piste que des laboratoires entiers cherchent encore, et elle a désormais les moyens de la creuser. Le plastique de demain nettoiera peut-être celui d’hier.

Questions fréquentes

Qu'est-ce qu'Eco Purge, le projet d'Arya Satheesh ?

Eco Purge est un plastique d'origine végétale mis au point par Arya Satheesh, 18 ans, lycéenne à Letterkenny en Irlande. Sa particularité : des enzymes sont intégrées à la matière. Elles restent stables tant que l'objet sert, puis se libèrent petit à petit quand le plastique se dégrade, et s'attaquent alors aux microplastiques déjà présents dans le sol, l'eau douce et l'eau salée. Le projet a reçu le prix régional Europe du Earth Prize 2026, le 11 mai 2026, doté de 12 500 dollars.

Pourquoi est-il si difficile d'éliminer les microplastiques ?

Parce qu'on sait les détecter, mais pas les récupérer. Une fois qu'un plastique s'est fragmenté en particules minuscules, elles se dispersent dans les sols, les rivières et les océans, et aucune technique simple ne permet de les rassembler. C'est exactement le mur sur lequel Arya Satheesh est tombée pendant un projet scolaire de surveillance de la qualité de l'eau. Le recyclage ne règle pas le problème en amont non plus : selon l'OCDE, environ 9 % seulement du plastique produit chaque année dans le monde est réellement recyclé.

Eco Purge est-il déjà commercialisé ?

Non, et il faut le dire clairement : c'est un prototype, développé avec des chercheurs de l'University College Dublin, de l'Atlantic Technological University de Letterkenny et du centre de recherche BiOrbic. L'enzyme utilisée est produite par des bactéries génétiquement modifiées, ce qui reste coûteux tant que la production n'a pas changé d'échelle. Arya Satheesh compte utiliser sa dotation pour adapter la matière à des produits concrets, en particulier des emballages et des sacs à compost.

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