L’océan nous fait vivre, et on l’a longtemps laissé sans défense
L’océan nourrit des milliards de personnes, régule le climat et absorbe une part majeure de nos émissions de carbone. Et pourtant, sa plus grande partie a longtemps vécu un paradoxe absurde : la haute mer, ces eaux internationales qui couvrent 61 % de l’océan, n’appartenait à personne. Pas de propriétaire, presque pas de règles, personne pour rendre des comptes. Résultat : surpêche, pollution et dégradation continue.
C’est ce paradoxe qui est en train de se refermer.
Ce que dit le baromètre Starfish 2026
Le baromètre Starfish est l’état des lieux annuel de référence sur la santé de l’océan, publié chaque 8 juin, jour de la Journée mondiale de l’océan. L’édition 2026 a été rédigée par 29 experts de 14 pays et relayée en France par le CNRS, Sorbonne Université et l’IDDRI.
Son constat général reste préoccupant : le réchauffement, l’acidification et la pression de pêche continuent de dégrader l’océan. Mais cette édition contient une première historique : les aires marines protégées couvrent désormais plus de 10 % de la surface de l’océan mondial. Au début des années 2000, ce chiffre était inférieur à 1 %.
Ce cap n’est pas tombé du ciel. Il découle de l’objectif « 30 x 30 » adopté à la COP15 biodiversité de Montréal en 2022 : protéger 30 % des terres et des mers d’ici 2030. Des pays comme les Samoa, qui ont placé 30 % de leurs eaux sous protection en créant 9 aires couvrant près de 36 000 km², illustrent cette dynamique.
Le traité de la haute mer change les règles du jeu
L’autre grande nouvelle concerne la haute mer. Le traité BBNJ, négocié pendant près de vingt ans et adopté à l’ONU en 2023, est officiellement entré en vigueur en janvier 2026, après ratification par plus de 60 pays.
Concrètement, ce traité permet pour la première fois de créer des aires marines protégées dans les eaux internationales, impose des études d’impact environnemental et organise le partage des bénéfices tirés des ressources génétiques marines. L’outil qui manquait pour protéger au-delà des côtes existe enfin.
S’y ajoutent deux avancées moins connues : le renforcement des protections commerciales pour les requins et raies menacés dans le cadre de la convention CITES, et l’interdiction, effective depuis septembre 2025 via l’OMC, de certaines subventions publiques qui finançaient la surpêche.
Ce qu’il faut nuancer : protéger sur le papier ne suffit pas
Chez Wanted, on raconte les bonnes nouvelles honnêtement, et celle-ci vient avec des réserves que les scientifiques formulent eux-mêmes.
Sur les 10 % d’océan classés en aires protégées, seuls 3,2 % environ bénéficient d’une protection intégrale ou effective. Ailleurs, la protection reste parfois théorique : des « parcs de papier », sans moyens de surveillance ni sanctions réelles. Et le baromètre le répète, l’état global de l’océan continue de se dégrader. Les financements restent très en deçà des besoins : environ 10 milliards de dollars mobilisés par an, quand les Nations unies estiment les besoins à 175 milliards.
Pourquoi c’est quand même une vraie bonne nouvelle
Parce que tout part de là. Les études sur les réserves marines bien gérées montrent des effets spectaculaires : la biomasse de poissons peut y tripler en une décennie, et les zones voisines en profitent par débordement. Le cadre juridique existe désormais pour la haute mer, le seuil symbolique des 10 % est franchi, et la trajectoire vers les 30 % en 2030 est enclenchée.
La protection de l’océan est passée du statut de promesse à celui de chantier mesurable. Et un chantier qui avance, ça se partage.
Questions fréquentes
Qu'est-ce qu'une aire marine protégée exactement ?
C'est une zone de mer délimitée où les activités humaines (pêche, navigation, extraction, tourisme) sont encadrées, limitées ou interdites selon le niveau de protection, afin de laisser les écosystèmes se régénérer. Les niveaux vont de la gestion encadrée à la réserve intégrale.
Le traité de la haute mer est-il vraiment appliqué ?
Il est juridiquement en vigueur depuis janvier 2026, après ratification par plus de 60 pays. Ses premiers effets concrets, comme la création d'aires protégées en haute mer, se déploieront dans les prochaines années via les conférences des parties.
Pourquoi dit-on que seuls 3 % de l'océan sont vraiment protégés ?
Sur les 10 % classés en aires marines protégées, seuls 3,2 % environ bénéficient d'une protection intégrale ou effective, avec des restrictions réelles et contrôlées. Le reste relève parfois de « parcs de papier », un statut sans moyens de surveillance suffisants.
Que puis-je faire à mon échelle pour l'océan ?
Choisir du poisson issu de pêcheries durables (labels type MSC), réduire le plastique à usage unique et soutenir les ONG qui œuvrent pour transformer les protections théoriques en protections réelles.