Le solaire a un problème très concret : la place
Pour poser des panneaux solaires, il faut de la surface. Des toits, des champs, des friches, des terrains. Et à chaque fois, la même discussion revient : ce qu’on couvre de panneaux, on ne le cultive plus, on ne le regarde plus pareil. Pendant ce temps, l’Europe est quadrillée de voies ferrées. Rien qu’en Suisse, le réseau fait 5 320 kilomètres. Et entre les deux rails, il n’y a rien. Du gravier, des traverses, et du soleil qui tape pour personne.
Un ingénieur a regardé là où personne ne regardait
Joseph Scuderi est ingénieur suisse. Son idée : glisser les panneaux directement entre les rails. Il s’associe à Baptiste Danichert, alors étudiant en master de finance à HEC Lausanne, et ils créent la start-up Sun-Ways. Ensemble, ils font breveter un système de modules de trois panneaux, six mètres de long, qu’une machine pose et retire en une dizaine de minutes. C’est la condition pour que ça marche : une voie ferrée doit rester accessible pour l’entretien, sinon le projet ne passera jamais.
Le 24 avril 2025, la première centrale solaire ferroviaire du monde est inaugurée à Buttes, dans le Val-de-Travers, avec le soutien de l’agence suisse d’innovation Innosuisse. Cent mètres de voie bien vivante, exploitée par transN. Quarante-huit panneaux de 380 watts, soit 18 kilowatts-crête. Et des trains qui roulent jusqu’à 90 kilomètres-heure juste au-dessus.
Un an plus tard, le verdict
Plus de 11 000 trains sont passés sur les panneaux. Zéro incident. L’installation est restée, selon Joseph Scuderi, parfaitement stable et sûre. Mieux : le souffle des trains nettoie les panneaux tout seul, et la crainte principale des opposants, l’éblouissement des conducteurs par les reflets, ne s’est jamais vérifiée. La centrale a produit plus de 16 000 kilowattheures depuis sa mise en service le 20 mai 2025, avec environ un mois d’arrêt cumulé pour la neige et des travaux planifiés.
En février 2026, la SNCF a signé un accord de coopération technique avec Sun-Ways et envoyé ses ingénieurs à Buttes. L’entreprise française exploite 28 000 kilomètres de voies et veut couvrir 20 % de sa consommation électrique en solaire d’ici 2030. Des discussions sont en cours avec Rete Ferroviaria Italiana pour un pilote, un projet a été autorisé en Corée du Sud près de la gare d’Osong, et un bureau d’ingénierie indonésien suit les résultats.
Ce qu’il faut nuancer
Ne vendons pas de rêve. Seize mille kilowattheures en un an, c’est la consommation de trois à quatre foyers, pas d’une ville. Au-delà de 500 mètres, la technologie actuelle ne sait pas transporter ce courant sans élever la tension, ce qui coûte cher. Et l’Office fédéral des transports a imposé une période pilote de trois ans avant d’autoriser quoi que ce soit de plus grand : l’essai court encore environ deux ans.
Mais l’idée tient debout, et c’est déjà beaucoup. Si tout le réseau suisse était équipé, il produirait environ un milliard de kilowattheures par an, près de 2 % de l’électricité du pays, sans prendre un mètre carré de terre à personne. Parfois, l’énergie propre était déjà sous nos pieds.
Questions fréquentes
Où se trouve la première centrale solaire installée entre des rails ?
À Buttes, un village du Val-de-Travers, dans le canton de Neuchâtel, en Suisse. Les 48 panneaux ont été posés sur 100 mètres d'une voie ferrée en exploitation, utilisée par l'opérateur de transport public transN, et inaugurés le 24 avril 2025. C'est la première installation de ce type au monde sur une ligne en service.
Comment les panneaux résistent-ils au passage des trains ?
Ils ne sont pas posés sur les rails mais entre eux, à plat, sous le niveau de roulement. Sun-Ways a breveté des modules de trois panneaux, longs de six mètres, qu'une machine spéciale installe et retire en une dizaine de minutes quand il faut entretenir la voie. En un an, plus de 11 000 trains sont passés au-dessus, jusqu'à 90 km/h, sans un seul incident, et les panneaux n'ont pas bougé.
Est-ce que ça produit vraiment beaucoup d'électricité ?
Pas encore. Les 100 mètres équipés ont produit plus de 16 000 kWh en un an, soit la consommation de trois à quatre ménages. L'intérêt est ailleurs : si tout le réseau ferroviaire suisse était équipé, la production pourrait atteindre environ un milliard de kWh par an, près de 2 % de l'électricité du pays, sans occuper un seul mètre carré de terre agricole.